Interview : Jean-Charles Perino, La Compagnie

DR La Compagnie
La Compagnie quitte Londres, mais se renforce sur l’axe Paris-New York

Depuis quand La Compagnie assiste-t-elle au rendez-vous IFTM Top Resa ?

Jean-Charles Perino – Cela fait maintenant trois ans. Nous étions déjà présents en 2014, quelques semaines à peine après notre premier vol, pour faire découvrir le produit. Nous l’étions également en 2015 pour « enfoncer le clou », et cette fois-ci pour présenter le lancement de notre deuxième fréquence quotidienne sur le Paris New York.

Quand lancerez-vous ce deuxième vol ?

J.-C. P. – Les opérations devraient débuter à la fin du mois d’octobre. Au début, deux jours par semaine seront ainsi doublés, et nous monterons progressivement en puissance, en fonction de la saisonnalité de la demande.

Pourquoi privilégier Newark ?

J.-C. P. – Nous sommes des fans absolus de cet aéroport. C’est le point d’accès le plus pratique pour notre clientèle new-yorkaise, en raison de sa proximité avec Manhattan et de sa localisation au cœur du corridor de la chimie. L’infrastructure de la plateforme facilite également le passage des contrôles de sécurité et d’immigration, ce qui accélère les flux passagers, à l’inverse de l’aéroport de JFK. Newark offre un véritable plus à notre clientèle de voyageurs d’affaires.

Songez-vous à une desserte au départ de Paris Orly, un aéroport également plébiscité par la clientèle affaires ?

J.-C. P. – Il y a déjà beaucoup de monde à Orly… C’est effectivement un aéroport qui plaît beaucoup, notamment aux voyageurs d’affaires. Il y a visiblement un marché là-bas. Quand nous nous sommes lancés, il y avait une opportunité à Charles de Gaulle que nous avons saisie. Nous en sommes très contents.

une véritable appétence pour un produit « french touch »

Ne craignez-vous pas l’embouteillage sur l’axe Paris New-York, où l’on retrouve à la fois les compagnies traditionnelles, les « petits nouveaux » comme la Compagnie, et maintenant les transporteurs low-cost ?

J.-C. P. – Le positionnement n’est pas le même, mais l’arrivée de ces différentes compagnies témoigne du dynamisme de cette route sur l’ensemble des catégories de voyageurs, du loisir basse contribution au segment corporate. Nous sommes les spécialistes de la classe affaires au meilleur prix, qui concerne à la fois les voyageurs d’affaires et la clientèle loisirs en mesure de s’offrir un confort radicalement différent pour quelques centaines d’euros supplémentaires. Nous avons donc la chance d’être sur cette niche.

Que représente la part de la clientèle américaine ?

J.-C. P. – La moitié de nos clients sont à New York. Il y a une véritable appétence pour un produit « french touch », et pour la destination Paris

DR
Jean-Charles Perino, Directeur général délégué Vente et Marketing, et co-fondateur de La Compagnie

Quel est le taux de remplissage de vos appareils ?

J.-C. P. – Il se situe au-delà de 80%. Nous en sommes évidemment très satisfaits, d’autant que cela englobe à la fois les périodes de forte activité affaires, mais aussi des mois comme juillet ou août, où il s’agit plutôt d’une clientèle loisirs. Durant l’été, les tarifs ont tendance à flamber sur cet axe Paris-New York en vol direct, et nos prix font que nous restons attractifs, notamment pour ces passagers qui ont l’habitude de voyager toute l’année en classe affaires, et qui n’ont pas forcément envie de reculer vers l’arrière de l’appareil pendant leurs congés. Nous leur offrons la possibilité de ne pas avoir de rupture de charge, de continuer à voyager comme ils en ont l’habitude pour leurs besoins professionnels.

« un risque que nous ne souhaitons pas prendre »

La Compagnie quitte Londres à a fin du mois : comment expliquer ce départ soudain ?

J.-C. P. – Nous avons fait deux constats assez simples : nous sommes présents sur cet axe Londres New York depuis peu de temps, et même si nous avons amélioré notre performance, nous restons dans une situation commerciale fragile. La typologie de trafic y est différente par rapport aux vols depuis Paris : il y a plus de trafic loisirs que business, ce n’est donc pas la même chose en termes de contribution. L’autre constat repose sur la sortie de l’Union Européenne votée par le peuple britannique. Cela crée beaucoup d’incertitudes dans de nombreux secteurs économiques, et a fortiori dans le transport aérien. Ce qui nous permet aujourd’hui de voler entre Londres et New York en tant que compagnie française, c’est l’accord « open skies » existant entre l’Europe et les Etats-Unis. Avec la nouvelle donne pèse désormais une incertitude, il existe un risque que nous ne souhaitons pas prendre. D’autres grands acteurs ont d’ailleurs ajusté leurs capacités sur les routes depuis ou vers le Royaume-Uni.

Peut-on parler de faux-pas ?

J.-C. P. – Non, je n’appellerais pas ça un faux-pas. Nous sommes persuadés qu’il y a un marché à Londres. Le cadre réglementaire présente un facteur de risque important, et tant que tout n’est pas clarifié, nous ne voulons pas investir pour ensuite retirer nos vols subitement. Nous avons donc préféré anticiper face à cette situation d’incertitude.

Le départ de Londres et la nouvelle fréquence parisienne sont-ils liés ?

J.-C. P. – Face à la demande sur l’axe Paris-New York, nous avons effectivement décidé d’accélérer le développement de cette ligne, en anticipant le lancement de cette nouvelle fréquence à 2016 plutôt que 2017, comme initialement prévu.

Nous réfléchissons à des produits qui offrent plus de flexibilité à notre clientèle affaires

Cette expérience londonienne vous a-t-elle donné des envies d’ailleurs ?

J.-C. P. – L’envie d’ailleurs n’est pas à l’ordre du jour. Nous voulons nous concentrer sur ce que nous faisons. Des problématiques de nouvelles routes se poseront dans le futur, nous étudions en permanence l’évolution du marché, mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité. Nous avons une petite équipe, cela nous rend agile pour ajuster nos routes et saisir les opportunités quand elles se présentent.

Prévoyez-vous de nouveaux services, à bord ou au sol ?

J.-C. P. – Notre positionnement reste le même : la classe affaires au meilleur prix. On ne va donc pas promettre la lune, il nous faut rester cohérents. Depuis quelques semaines, un partenariat nous ouvre un accès au salon Icare de CDG, une infrastructure flambant neuve, avec terrasse, qui offre un vrai plus par rapport à l’ancien produit. Nous réfléchissons maintenant à des produits qui offrent plus de flexibilité à notre clientèle affaires. Le confort et l’économie sont notre alpha et notre omega, et nous voulons y ajouter la flexibilité, avec la possibilité de pouvoir basculer d’un vol sur l’autre en fonction des besoins.

Décideur : Jean-Marc Janaillac, Président Directeur Général d’Air France-KLM

DR
Jean-Marc Janaillac, Pdg du groupe Air France KLM

Air France-KLM vit aujourd’hui dans un environnement très différent d’autrefois. Quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour perdurer dans ce contexte ? 

Jean-Marc Janaillac – Laissez-moi tout d’abord-vous dire ma fierté de rejoindre le Groupe Air France-KLM à une étape clé de son histoire, au moment où les décisions qui seront prises doivent lui permettre de regagner sa place dans le groupe de tête des acteurs du transport aérien mondial. Pour cela, l’équation est simple : une offre compétitive, des produits de grande qualité, des services au sol qui garantissent la fluidité du voyage, un esprit de conquête qui permet de gagner la préférence des clients dans un climat de transparence et de grande confiance. Vous me permettrez de rebondir sur ce dernier mot car il résume l’esprit dans lequel je veux que les équipes d’Air France et de KLM abordent l’avenir : confiance entre les différentes catégories de personnels et vis-à-vis des dirigeants, confiance dans nos produits qui doivent refléter l’esprit français ou hollandais à chaque instant du voyage. Cette confiance « de l’intérieur » nous permettra de regagner la confiance des clients qui ont pu douter et les convaincre de la robustesse de notre offre. Je détaillerai dans les semaines à venir le plan stratégique qui nous permettra d’atteindre un objectif clair : renforcer la position du Groupe Air France-KLM qui évolue dans un environnement extrêmement complexe où les équilibres économiques et géopolitiques sont fragiles.

Nous construisons pour eux et avec eux

L’expérience, le vécu, sont des éléments très empiriques, très subjectifs même, qui conditionnent de plus en plus le comportement des passagers. Comment, sous votre impulsion, un groupe comme Air France-KLM envisage-t-il de réagir dans sa politique marketing et dans sa politique produit ?

Jean-Marc Janaillac – Il ne s’agit pas de réagir mais d’agir au quotidien pour convaincre les voyageurs que nos produits et notre service répondent à leurs attentes. Pour cela, nous continuerons d’associer nos clients à l’élaboration de notre offre. Lorsque nous choisissons un siège, lorsque nous construisons une offre de restauration ou aménageons un salon à Paris ou à New York, l’avis des clients est primordial. Nous construisons pour eux et avec eux. Nos personnels, navigants ou au sol, sont également consultés à toutes les étapes de cette élaboration, j’en reviens ici à l’idée de confiance. Cet esprit prévaudra dans tous les projets futurs.

Vous évoquez précisément le comportement des passagers. Je mentionnerai les choix technologiques et la création récente d’une plateforme de centralisation des données qui rassemble toutes les informations concernant nos clients. Air France-KLM est à l’avant-garde dans ce domaine, dans le but de mieux connaître nos clients, leurs attentes, leurs préférences mais aussi leurs critiques pour mieux les servir. Nous sommes à l’écoute en permanence.

Voilà notre stratégie : la poursuite de l’élan, la recherche du meilleur pour nos clients, l’esprit d’innovation en toutes choses.

S’agissant des produits, je souhaite rappeler que nos clients saluent la qualité de notre gamme de produits en vol, dans toutes les classes. Pour Air France, avec la poursuite de la montée en gamme entamée il y a trois ans, je citerai la suite La Première, le véritable cocon de la Classe Affaires, les repas élaborés par les plus grandes signatures de la gastronomie française ou encore le choix des divertissements dans toutes les cabines. Les clients de KLM reconnaissent également la qualité d’une offre entièrement revue avec la nouvelle « World Business Class » qui se place elle aussi dans les tout premiers rangs au niveau mondial. Cette montée en gamme va se poursuivre sur d’autres appareils que les Boeing B777 et Air France attend avec impatience l’arrivée en fin d’année d’un avion déjà plébiscité chez KLM : le B787. Voilà notre stratégie : la poursuite de l’élan, la recherche du meilleur pour nos clients, l’esprit d’innovation en toutes choses.

Comment le Groupe Air France-KLM envisage-t-il de s’adapter aux différents profils de ses passagers, du voyageur à budget restreint au voyageur VIP ?

Jean-Marc Janaillac – Le Groupe Air France-KLM transporte près de 90 millions de voyageurs chaque année et ce nombre porte en lui-même la diversité. Je rappelle que 60 % de notre clientèle est internationale. Air France et KLM proposent des produits compétitifs, accessibles à tous, et Transavia est désormais reconnue en tant que low-cost de grande qualité. Cette palette de marques (Air France, KLM, Hop! Air France, Transavia) assure la meilleure des réponses à la diversité de nos clients. C’est ainsi que nous nous adaptons aux différents profils avec par exemple la Carte Jeune Hop! Air France, la gamme de prix « Basic », la carte d’abonnement, La Navette, les produits Enfants et Familles, le programme BlueBiz pour les PME-PMI, Air France ou encore KLM Connect pour un lien de tous les instants avec nos clients… Je vous assure qu’à chaque besoin répond une offre au sein du Groupe !

Je veux convaincre, donner confiance, faire reprendre un élan dans la compétition si dure et le climat incertain de notre époque

Comment pourrait-on aujourd’hui synthétiser l’esprit Air France/KLM ?

Jean-Marc Janaillac – Je suis tenté de vous répondre « par la mobilisation ». L’heure est au dialogue pour définir les bases sur lesquelles reposera notre stratégie pour les années à venir. Je veux convaincre, donner confiance, faire reprendre un élan dans la compétition si dure et le climat incertain de notre époque. Pour cela, les personnels d’Air France et de KLM doivent faire corps, mettre toute leur énergie – et je sais combien elle est grande – pour gagner le pari de la compétitivité. Laissez-moi prendre un exemple très concret avec la magnifique réussite de notre activité de maintenance. Sur ce marché de l’entretien aéronautique, Air France Industries KLM Engineering & Maintenance (AFI KLM E&M) occupe le deuxième rang mondial. C’est la preuve de la capacité du Groupe à être un leader dans un domaine de pointe, la preuve de l’expertise de nos équipes. Mobilisés, passionnés, nous pouvons réussir.

Comment envisagez-vous l’avenir du Groupe Air France-KLM ? Quelle stratégie comptez-vous mettre en place en matière d’image pour Air France spécifiquement d’ici à l’horizon 2020 ?

Jean-Marc Janaillac – J’aurai très bientôt l’occasion de présenter un projet dont la primeur – vous le comprendrez – sera réservée aux salariés du Groupe. De manière générale, je vous l’ai dit, l’avenir est à un Groupe soudé qui retrouve et conforte sa position au premier rang des compagnies dans le monde, qui gagne la bataille de l’innovation, qui accompagne ses clients à tous les moments de leur voyage et les connaît bien pour mieux les servir. Pouvoir accueillir de nouveaux avions, de nouveaux collaborateurs, lancer de nouveaux produits… Je ne peux envisager qu’un avenir dynamique dans lequel collaborateurs et clients ont le plus grand plaisir à choisir les couleurs du Groupe Air France-KLM.

En matière d’image, de nombreux chantiers relatifs à l’expérience client sont en cours au sein d’Air France : arrivée ou retrofit d’avions dans la flotte, ouverture ou rénovation de nouveaux salons en aéroport, ou encore réaménagement des agences en ville. Ces investissements prouvent à quel point Air France place le client au centre de sa stratégie. C’est aussi une opportunité formidable pour l’entreprise, celle de déployer sa stratégie de marque, basée sur son ADN et son principal atout : sa francité. La campagne « France is in the Air » lancée en 2014 exprime le cœur de la stratégie client d’Air France : une montée en gamme en termes de produits et services et une volonté d’accessibilité et de proximité entre la compagnie et ses clients. D’un point de vue Marque, ce positionnement nous conduit à nous entourer du meilleur de la création française, Air France devenant ambassadeur de la culture française pour apporter le meilleur à ses clients.

SES DATES CLÉS : 

Diplômé d’HEC et ancien élève de l’ENA (promotion Voltaire).

  • 1997 : Directeur général d’AOM.
  • 2000 : Directeur général de Maeva.
  • 2004 : Directeur général du développement de la RATP.
  • 2010 : Président du directoire de RATP Dev.
  • 2012 : Président-Directeur Général de Transdev, groupe international spécialisé dans le domaine des transports et filiale conjointe de VEOLIA et de la Caisse des dépôts et consignations.
  • Depuis juillet 2016 : Président-Directeur Général d’Air France-KLM.

Rencontre : Élisabeth Borne, PDG de la RATP

Elisabeth Borne

Rendre les déplacements plus simples

De quels changements les Franciliens vont-ils pouvoir bénéficier dans les années à venir ?

Élisabeth Borne – Si le réseau parisien est aujourd’hui l’un des mieux maillés au monde, il existe encore un vrai besoin d’infrastructures dès qu’on s’éloigne de l’agglomération. Le futur Grand Paris Express, avec 200 km de nouvelles lignes, va favoriser les déplacements de banlieue à banlieue. En attendant, les prolongements de lignes de métro – quatre sont actuellement en cours – et le développement accéléré du réseau de tramway, dont la taille a triplé depuis 2012, contribuent déjà à répondre à cette problématique.

Comment favoriser une baisse de l’usage des véhicules et un trafic plus fluide en région parisienne ?

E. B. – Au-delà du coût du transport qui doit rester attractif, il nous appartient à nous, opérateur de transport, d’améliorer la qualité du service, de rendre les déplacements toujours plus simples, de manière à inciter encore plus de gens à délaisser leur voiture au profit des transports collectifs. C’est pour cela que nous menons, grâce au soutien de la STIF, une politique d’investissements sans précédent, avec 8,5 milliards d’euros programmés sur les cinq prochaines années.

Comment envisagez-vous votre rôle de présidente, à un moment clé dans l’histoire de la RATP ?

E. B. – L’ouverture à la concurrence en Ile-de-France, effective pour toute nouvelle ligne depuis 2009, nous oblige à nous dépasser, à proposer les meilleurs standards internationaux. Dans cette optique, j’ai retenu trois priorités pour la RATP: viser l’excellence au service des voyageurs, innover et être un acteur incontournable de la ville durable. Nous allons devenir le leader mondial du bus propre, à l’horizon 2025, avec 80 % de notre flotte constituée de bus électriques et 20 % de bus au biogaz.

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Tendance : la French Tech tisse sa toile


La Mutinerie accueille des freelances, des designers, des graphistes, des architectes, des consultants, des développeurs… Une micro-société créative qui se réunit dans un lieu très actuel.

Le temps des déjeuners d’affaires interminables et guindés, costume trois-pièces plaqué au corps et noeud de cravate bien serré, a fait long feu. À Paris, où les traditions ont pourtant la peau dure, le jean-baskets a pris le pas et on fait des affaires de manière plus informelle, mais tout aussi efficacement. Où ? Dans des lieux décalés au design soigné, des espaces de coworking où, installés dans leur sofa, les entrepreneurs créatifs sont en prise directe avec Londres, Berlin, New York et San Francisco via Skype ou Whatsapp…

Paris XVIII Grand Train
La mouvance créative s’accompagne de nouveaux lieux de vie comme le bar éphémère Grand Train.

LOIN DES CODES CORPORATE

L’ère du digital et de la mondialisation est passée par là. Petit à petit, les habitudes françaises ont rejoint celles des Anglo-Saxons. Pionniers, les trois frères Van den Broek et leur ami d’enfance Xavier Jacquemet ont fondé l’un des premiers espaces de coworking parisien dans le XIXe arrondissement. Loin des codes corporate, La Mutinerie a vu le jour en 2012 près de la station de métro Colonel Fabien. “Nous venions de domaines différents, nous étions jeunes, et nous avions besoin d’un réseau et d’un endroit où travailler autrement, explique William Van den Broek, l’un des trois frères. Nous connaissions New York et Berlin où commençaient à se développer les espaces de coworking, et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une communauté”.

Dans cet ancien restaurant mué en ruche studieuse, la décontraction frappe autant que la moyenne d’âge : 30 à 35 ans maximum… En début d’après-midi, quelques membres s’activent derrière le comptoir toujours existant du restaurant pour préparer les gâteaux qui partiront comme des petits pains à l’heure du goûter ou lors de pauses café où l’on débat de l’actualité et fomente de nouveaux projets créatifs. Dans les canapés, au-dessous d’une ribambelle de photos accrochées à un fil –les portraits des 160 membres actifs –, on parle business ou on pianote sur son portable. Mais le vrai nerf de la guerre est ailleurs, derrière une porte dérobée qui mène à l’ancienne salle de rédaction d’un magazine d’architecture transformée en vaste open space où l’on travaille sur des tables de ping-pong. Pas un bruit, sinon celui des claviers et des soupirs concentrés. “Nous avons connu un succès très rapide, d’où l’envie d’étendre le concept. C’est pourquoi nous venons d’ouvrir une succursale campagnarde dans le Perche pour permettre de poursuivre le réseautage professionnel dans un contexte bucolique, avec des sessions de “techno-detox”, où téléphones et ordinateurs sont relégués au fond d’un tiroir le temps du week-end”, sourit William Van den Broek.

Paris KWERK
Un carrefour d’idées dans un lieu ultra design. Kwerk illustre la démocratisation à l’envers des espaces coworking. Émanation très haut de gamme d’un concept apparu dans l’Est parisien, ce nouvel acteur s’installe dans les beaux quartiers : le VIIIe arrondissement, Boulogne en attendant le boulevard Hausmann et Neuilly.

Le concept de coworking a fait florès à Paris depuis l’émergence du Silicon Sentier autour de La Cantine, un espace lancé en 2008 avant de prendre encore plus d’ampleur sous le nom de Numa. Plus d’une quarantaine d’espaces ont ouvert ces cinq dernières années, en attendant l’arrivée du spécialiste américain WeWork qui prendra ses quartiers rue Lafayette à l’été 2017. Parmi les derniers espaces inaugurés, Kwerk est sans doute le plus haut de gamme. Lancé en 2015 à Boulogne, ce “boutique coworking” a inauguré en mai sa première antenne parisienne dans le VIIIe arrondissement avec un lieu de 2 200 m2 déployé sur cinq étages. Rien que l’adresse est de bon augure : rue de la Bienfaisance. Les fondateurs Albert Angel et Lawrence Knights – un ange et un chevalier, n’est-ce pas là aussi bon signe ? –, l’un homme d’affaires, l’autre architecte et designer, se décrivent comme des travailleurs nomades avides de tendances. “Nous voulions appliquer notre expérience de l’hospitalité au monde du travail et du vivre ensemble”, explique Lawrence.

Ces bureaux ressemblant à des hôtels design, où le client est accueilli par des sculptures monumentales et des canapés profonds, où l’on peut organiser des conférences à des prix défiant toute concurrence, ont très vite éveillé l’intérêt des Parisiens. “Ça bouge à Paris, poursuit le cofondateur. Il y a un réel désir pour ce type d’espaces beaucoup plus accueillants que des bureaux traditionnels, offrant toutes sortes de services et de prestations, mais qui favorisent aussi les contacts.” La preuve : on trouve ici une entreprise de coaching-relooking, là un loueur de jets privés, ailleurs un bureau d’avocats, des designers… D’autres Kwerk, tous avec un même esprit décalé et élégant, sont attendus en 2017 boulevard Haussmann à Paris, ainsi qu’à Neuilly et Levallois… .

Paris Le Lieu du design
Créé en 2008 à l’initiative de la Région Île-de-France, le Lieu du design vise à faire du design industriel un atout majeur.
numa sylvain cambron
Au coeur de l’écosystème des start-up parisiennes, Numa, anciennement Silicon Sentier.
Paris CoWorking Mutinerie
La Mutinerie accueille des freelances, des designers, des graphistes, des architectes, des consultants, des développeurs… Une micro-société créative qui se réunit dans un lieu très actuel.

NOUVEL ESPRIT DESIGN

Ce qui fait le succès de ce nouvel esprit business est sans doute l’importance grandissante accordée au design. Si, en 2009, une étude avait montré que 60 % des entreprises, tous secteurs confondus, n’avaient encore jamais fait appel à un designer, ni pour un packaging, ni pour un logo, les choses ont tendance à évoluer. Le Lieu du Design, créé en 2009 par le conseil régional d’Île-de-France afin d’inviter les entreprises à recourir à ce savoir-faire, s’inscrit dans cette tendance. Installé dans les anciens magasins généraux de la Ville de Paris, l’espace réunit des entreprises lors de formations, plus de mille ayant ainsi été accompagnées depuis six ans. “Si les entreprises traditionnelles ont mis du temps à comprendre cet enjeu, les start-up, nées avec les outils du numérique, l’utilisent de manière spontanée, comme une évidence”, explique Stéphane Simon, directeur du lieu.

Vue espace des start-ups les villages wilmotte et associes SA
Ancien entrepôt de la SNCF, la Halle Freyssinet s’apprête à devenir le plus grand incubateur numérique du monde. Début 2017, l’esprit high-tech soufflera sous ses trois immenses nefs revisitées par Jean-Michel Wilmotte.

À deux pas des anciens magasins généraux, un autre espace emblématique de la nouvelle façon de travailler vient d’ouvrir cette année : le Cargo. Plus grand incubateur parisien du moment, il rassemble sur 16 000 m2 de jeunes pousses prometteuses qui cherchent à accélérer leur développement. En 2017, la palme de la French Tech reviendra à la Halle Freyssinet, dans le XIIIe arrondissement. Racheté à la SNCF par Xavier Niel, le patron de Free, cet ancien entrepôt ferroviaire datant des années 1920 devrait, avec ses 34 000 m², se transformer en… plus grand incubateur de la planète dans un décor signé Jean-Michel Wilmotte.

Extravagant ? Trop ambitieux ? L’écosystème parisien de l’innovation explose et la capitale compte près de 70 incubateurs et 5 000 start-up… dont 1 500 de plus chaque année ! Déjà, le secteur représente 400 000 salariés à l’échelle de la région Ile-de-France, le numérique représentant 5,5 % du PIB français. Est-ce un hasard si Paris est en troisième position des villes les plus attractives au monde au dernier classement des “Cities of opportunities” par PwC, après Londres et Toronto. C’est dire si la ville-musée est loin d’être restée figée dans son glorieux passé.

BLOC-NOTES

La Mutinerie 29, rue de Meaux – 75019 • Tél. : 09 81 14 92 00 • Internet : www.mutinerie.orgNuma 39, rue du Caire – 75002 • Internet : paris.numa.coWeWork 33, rue la Fayette – 75009 • Tél. : +44 20 3695 4926 • Internet : www.wework.comKwerk 44-46, rue de la Bienfaisance – 75008 • Tél : 06 40 47 35 71 • Internet : www.kwerk.frLe Lieu du Design 11, rue de Cambrai – 75019 • Tél. : 01 40 41 51 02 • Internet : www.lelieududesign.comLe Cargo 157, boulevard Macdonald – 75019 • Internet : www.lecargo.parisHalle Freyssinet 55, boulevard Vincent Auriol – 75013 • Internet : halle-freyssinet.com

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Paris - LE PANTHÉON
Paris – LE PANTHÉON

Revoir La victoire de Samothrace au Louvre, L’origine du monde à Orsay ou Les nymphéas à l’Orangerie offre immanquablement un intense plaisir esthétique aux visiteurs de la capitale. Pourtant, Paris – est-ce encore possible ? – continue d’élargir son répertoire culturel. En 2015, le musée Gustave Moreau a fait peau neuve, de même que le musée Bourdelle et le musée de l’Homme. Depuis le printemps dernier, l’accès au dôme du Panthéon est désormais possible après de nombreux mois de rénovation et l’intervention de l’artiste JR durant les travaux, offrant une nouvelle façon de découvrir Paris en grimpant au sommet de l’édifice construit entre 1764 et 1790 par Jacques-Germain Soufflot. Autre nouveauté remarquable : la réouverture, ce mois de septembre, du musée Maillol. À l’inverse, le musée Carnavalet a fermé ses portes pour être agrandi et embelli d’ici 2020. Même sort pour les théâtres de la Ville et du Châtelet qui resteront sans doute plusieurs années sans représentations avant de ressurgir en pleine lumière…

Mais les vraies nouveautés, et non les redécouvertes, arrivent aussi en rangs serrés… Tout d’abord, on meurt d’impatience à l’envie de voir à la fin de l’année – de respirer surtout – le musée du parfum, dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle situé Faubourg Saint Honoré. 2017 ne sera ensuite qu’un enchaînement de surprises. En début d’année, la Monnaie de Paris révélera de nouvelles boutiques, en plus d’un jardin zen de 500 m² et d’un café orchestré par Guy Savoy. De son côté, la Fondation Lafayette Anticipation pour l’art contemporain ouvrira ses portes dans le Marais, rue du Plâtre. Conçu par le cabinet de l’architecte Rem Koolhaas, le lieu comptera une surface d’expositions de 2 500 m² déployée sur deux bâtiments, à savoir un ancien entrepôt du BHV datant de 1891 et une création tout en verre et en hauteur. Puis au printemps, place sera faite à la Cité musicale de l’île Seguin, imaginée par un binôme architectural franco-japonais Shigeru Ban et Jean de Gastines. L’île qui a longtemps hébergé le siège historique de Renault attend aussi impatiemment l’ouverture du pôle des arts plastiques et visuels “R4”, une sorte de micro-ville dédiée à l’expression artistique contemporaine et réalisée par Jean Nouvel.

LE LOUVRE
LE LOUVRE

YVES SAINT LAURENT AU MUSÉE

Et ce n’est pas fini, puisque d’autres réjouissances sont déjà annoncées pour l’année prochaine avec un musée Yves Saint Laurent hébergé dans le bâtiment historique de la maison de couture, avenue Marceau. De son côté, l’Hôtel de la Marine, sur la place de la Concorde, devrait également ouvrir au public transformé en musée. Très attendue également, mais pour 2018, la collection Pinault Paris, s’apprête à investir l’ancienne Bourse de Commerce, son aménagement ayant été confié à l’architecte japonais Tadao Ando. Plus loin, à un horizon que l’on situe au-delà de 2020, on anticipe encore bien des gourmandises spirituelles, intellectuelles, visuelles et gustatives : on parle d’un musée permanent de la mode sous le Palais Galliera, d’un musée des mathématiques dans le Quartier Latin, d’une Cité de l’économie dans un bâtiment classé de 1882 au coeur du XVIIe arrondissement, et plus alléchant encore, de la création à Rungis d’une Cité de la gastronomie…

BLOC-NOTES

LE PANTHÉON – CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX, Internet : www.paris-pantheon.fr ou www.monuments-nationaux.fr LE MUSÉE DU PARFUM, Internet : www.musee-du-parfum.frLAFAYETTE ANTICIPATION – Fondation d’entreprises Galeries Lafayette, Internet : lafayetteanticipation.squarespace.comLA MONNAIE DE PARIS, Internet : www.monnaiedeparis.frCITÉ MUSICALE, Internet : cite-musicale-ile-seguin.hauts-de-seine.fr R4, Internet : www.r4-ileseguin.comMUSÉE YVES SAINT LAURENT, Internet : www.fondation-pb-ysl.netHÔTEL DE LA MARINE, Internet : www.hotel-de-la-marine.parisPALAIS GALLIERA, Internet : www.palaisgalliera.paris.frCITECO, Internet :www.citeco.fr

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  • L’esprit des lieux selon Alexandre Cammas

Sortir du cadre en Sicile

Mercredi dernier, un incentive m’a permis de découvrir la Sicile. Je peux vous dire que j’en ai profité au maximum car cela faisait un bout de temps que mon entreprise n’en avait plus organisé. Avec la crise, les dépenses réservées à ce type d’événements ont évidemment été mal vues par la direction. Je respecte ce point de vue, au demeurant : lorsque le vaisseau coule, on ne s’intéresse pas à ce que vont jouer les musiciens, comme le dit si bien l’expression. Je comprends donc, mais je trouve tout de même cela dommageable, tant pour le salarié que pour l’employeur. Je me suis souvenu pendant cet incentive à quel point ce type d’événement avait manqué à tout le monde. Il existe toutes sortes de façons de stimuler une équipe, mais les voyages restent à mon sens la meilleure gratification qu’une société puisse offrir à ses collaborateurs. La portée de tels événements n’est même pas la destination en elle-même : l’employé pourrait faire le voyage sans sa boîte. L’importance se trouve plutôt dans tout ce qui est autour, et notamment dans les activités généralement inhabituelles qui sont proposées (comme de participer à un banquet somptueux dans un château, comme j’ai un jour eu l’occasion de le faire). Mais pour l’employeur, l’intérêt est tout aussi grand : vivre ces expériences entre collègues apporte en effet une vraie plus-value. Cela fournit une profondeur supplémentaire à l’entreprise. Au travail, les collaborateurs finissent par ne plus se voir, pris comme ils le sont par leurs propres missions. Alors qu’au cours d’un incentive, on retrouve subitement le caractère humain de chacun : on élève des relations nettement plus enrichissantes et cela change incontestablement les échanges qu’on développe ensuite avec eux dans le travail. Je me souviendrai toujours d’un collègue que j’avais beaucoup de mal à supporter, lorsqu’il est arrivé dans l’entreprise ; puis j’ai été amené à coopérer avec lui pendant un incentive, et cela nous a permis de mieux communiquer ensemble. Résultat ? Nous formons depuis cet événement un duo d’enfer. Sans cet échange hors bureau, nous aurions probablement fini par nous sauter à la gorge ! L’incentive est donc clairement un système gagnant-gagnant pour tout le monde. Si vous projetez d’organiser un événement de ce type, je vous invite à consulter le site l’agence qui a pris en charge cet incentive en Sicile – cliquez sur le lien pour les infos.

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Hôtellerie : la GBTA à l’affût des attentes mobiles du voyageur


La GBTA sonde les voyageurs d’affaires

« Montre-moi ton smartphone, je te dirai quel voyageur d’affaires tu es« … C’est en substance l’idée de cette nouvelle étude publiée par la GBTA Foundation, qui explore le rapport entre chaînes hôtelières, nouvelles technologies et business travel. Il en ressort que les applications mobiles restent incontournables pour les professionnels nomades. Une confortable majorité de voyageurs d’affaires (61%) ont ainsi téléchargé l’application d’au moins l’un des sept géants de l’hôtellerie US. Dans 54% des cas, le smartphone est équipé de deux applications de ce type.

Dans la majorité des cas, ces applications mobiles sont utilisées pour s’enquérir du statut de la réservation (43%) et des points accumulés dans le cadre des programmes de fidélité mis en place par ces groupes hôteliers (43%). La réservation d’une chambre arrive en troisième position (39%) selon cette étude de la fondation GBTA, qui souligne néanmoins des différences générationnelles. Ainsi, les « Millennials » (18-34 ans) auraient davantage tendance à recourir à l’application mobile de l’hôtel pour vérifier les services proposés dans l’établissement, pour commander un service de chambre, ou pour contacter le personnel de l’hôtel. Monica Sanchez, Directrice de la recherche au sein de la Fondation GBTA, souligne à cet égard que « les hôtels ont une marge de manœuvre à exploiter pour développer les possibilités offertes par leurs applications mobiles, et pour promouvoir ces fonctionnalités » auprès des voyageurs d’affaires. Elle ajoute : « Dans le futur, les hôtels pourraient investir dans de nouvelles technologies innovantes, mais doivent aussi continuer à se concentrer sur l’amélioration des services existants, tout particulièrement le Wi-fi, qui demeure crucial pour les voyageurs d’affaires ».

Cette étude de la fondation GBTA, publiée le 7 septembre, met également en lumière les innovations technologiques les plus recherchées par la clientèle corporate. Les voyageurs d’affaires attendent avant tout davantage de prises de courants et de ports USB (35%), un service finalement relativement basique, talonné de près (34%) par une offre encore assez rare : les offres de streaming TV, de type Netflix. Visiblement, la recharge des appareils mobiles constitue plus que jamais une problématique épineuse pour les voyageurs, qui espèrent aussi trouver dans leur chambre des chargeurs pour ordinateurs portables et pour téléphones. L’intégration des technologies mobiles dans les infrastructures de l’établissement suscite désormais un fort intérêt. En effet, l’ouverture de la chambre par smartphone (27%), l’accès à des télévisions « intelligentes », car connectées à Internet (27%), et les kiosques de self check-in (24%) sont désormais bien installées dans la hiérarchie des attentes du voyageur d’affaires.

DR GBTA
Les attentes digitales des voyageurs d’affaires dans l’hôtellerie, selon la Fondation GBTA

Finnair en route vers le tout WiFi

DR Finnair
Finnair connecte les voyageurs d’affaires au wi-fi

L’an passé, la mise en service par Finnair de l’Airbus A350XWB s’était traduite par une première pour la compagnie scandinave : celle d’offrir à ses passagers la possibilité de surfer sur internet. La compagnie en avait alors profité pour annoncer qu’elle allait équiper du WiFi toute sa flotte d’appareils long-courriers. Pari tenu puisqu’à partir de ce mois d’octobre, les Airbus A330 vont également être peu à peu équipés du système. « D’ici mai 2017, nos clients pourront jouir sur tous nos appareils long-courriers d’une possibilité de connexion à un réseau internet sans fil », explique Piia Karhu, Vice-Président Senior en charge du développement des services clientèle. La connectivité fonctionnera également dans l’espace aérien chinois, après avoir été mise entre parenthèse sur demande des autorités locales.

La meilleure offre Wi-Fi actuellement disponible

Finnair ne s’arrête pas en si bon chemin, et vient d’annoncer le 1er septembre la mise en place d’une offre wi-fi à bord de ses vols court-courrier. A partir du mois de mai prochain, la compagnie aérienne va donc équiper ses Airbus A320. Le « branchement » de la flotte européenne sera finalisé d’ici l’été 2018. Finnair revendique déjà « la connexion Internet en vol la plus rapide actuellement proposé sur le marché », avec un débit de 12Mbps par passager. « Nos passagers accordent de plus en plus de valeur à la possibilité d’être connectés pendant leurs vols, et ce changement apportera à Finnair de belles opportunités de développement de son portail en vol, qui fournira aux passagers des programmes d’information et de divertissement, mais aussi du shopping sur leurs appareils mobiles », souligne Piia Karhu. « Nous sommes ravis de nous associer à ViaSat pour ce projet qui nous permettra d’offrir à nos passagers la meilleure offre Wi-Fi actuellement disponible sur le marché, une fois l’installation achevée ».

L’équipement en WiFi de la flotte long-courrier est effectué par Panasonic Avionics Corporation (PAC Panasonic), qui a déjà travaillé sur la connectivité des appareils Airbus A350. Les A320 couvrant le réseau européen seront quant à eux dotés du système proposé par ViaSat, associé à EutelSat. Ces technologies doivent permettre une connexion sans interférence ni interruption durant la totalité du vol.

L’internet à bord est gratuit pour les passagers de classe affaires ainsi que pour les membres de Finnair Plus Gold et Platinum de même que ceux de oneworld Sapphire et Emerald. Les passagers éco ne sont pas oubliés pour autant : ils peuvent eux aussi, contre un forfait horaire d’un coût modeste ou pour toute la durée du vol, surfer via leurs tablettes et ordinateurs portables…

Interview : Hervé Kozar, Transavia France

DR Transavia
Hervé Kozar, Directeur Général adjoint commercial, Transavia France

Avez-vous été surpris par les résultats de cette étude que Transavia vient de publier sur le thème du bleisure ?

Hervé Kozar – Oui, nous avons été étonnés par ces résultats qui sont riches d’enseignements. Les voyageurs d’affaires des petites entreprises, des start-up, ont adopté un comportement différent. En évoquant le bleisure, je pensais à la prolongation d’un voyage d’affaires en week-end. Finalement, cela concerne aussi le jour même du meeting : un voyageur sur deux va en profiter pour profiter de la gastronomie locale, visiter un musée, découvrir la vie nocturne… C’est une tendance majeure chez cette typologie de clients travaillant dans des petites entreprises, et je pense qu’elle va progresser aussi dans les grandes entreprises, plus lentement. Ce qui est également étonnant, c’est que 78% d’entre eux n’ont pas de souci à en parler à leur employeur, notamment parce que cela fonctionne aussi dans l’autre sens : les mails professionnels sont consultés pendant les congés, ou le soir à la maison.

A quel point est-ce vraiment une nouvelle tendance ? Les voyageurs d’affaires expérimentaient déjà la gastronomie locale dix ans plus tôt…

H. K. – A titre personnel par exemple, j’en profite beaucoup plus qu’auparavant. Les voyages d’affaires en Europe augmentent fortement, il faut arriver à les rendre moins pénibles que ce qu’ils n’ont pu l’être. C’est relativement nouveau d’en profiter ainsi, à travers le bleisure, et ce sans culpabiliser. Je pense que la tendance s’accentue, la frontière est de plus en plus floue entre le privé et le professionnel. Avant, je ne lisais pas mes mails en vacances, par exemple. Maintenant, au retour de mes congés, mes mails sont à peu près à jour !

DR Transavia
Un voyageur d’affaires sur deux pratiquerait systématiquement le bleisure selon Transavia

Qu’est-ce qui a selon vous favorisé l’émergence du bleisure ? La « sharing economy » ? Les nouvelles technologies ? Les compagnies low-costs ?

H. K. – Ce sont quelques-uns des facteurs, effectivement. L’utilisation du smartphone y est pour beaucoup. La baisse des frais de « roaming » appliqués à l’étranger y contribue, on lit ses mails, on continue à travailler depuis l’étranger. Les tarifs des low-cost ont aussi fait tomber la barrière du prix, du budget voyage. Il y a aussi, bien sûr,  les technologies de visioconférence. Mais rien ne remplace la rencontre physique.

Vous évoquez dans l’étude les nouvelles problématiques qui se posent aux employeurs : quelles sont-elles ?

H. K. – Beaucoup de grandes entreprises refusent que leurs voyageurs d’affaires prennent par exemple une chambre via Airbnb, car cela pourrait poser un problème en termes de sécurité, dans ces grosses structures qui ont des procédures très strictes. Il va falloir gérer ce genre d’incompatibilités.

L’autre enseignement de l’étude réside aussi dans les habitudes de réservation…

H. K. – Oui : dans la plupart des cas, les voyageurs réservent eux-mêmes leurs déplacements, que ce soit leur chambre d’hôtel ou leur billet d’avion. Leurs critères de choix sont clairs : le prix, sans surprise, la praticité des horaires et de l’aéroport, et la flexibilité du service. Cela nous conforte dans notre positionnement, et notamment la grille tarifaire “Basic”, “Plus” et “Max”. Ce dernier tarif présente tous les atouts pour la clientèle affaires, avec la flexibilité jusqu’au jour du départ, le coupe-file ou les deux bagages en cabine. Ces services fluidifient l’expérience au sol et à bord de l’appareil. Ils permettent au voyageur de gagner du temps, de ne pas être freiné ou stressé durant son parcours aéroport. Nous avons également le gros avantage d’être basé à Orly, un aéroport plébiscité par les voyageurs d’affaires parce qu’il est simple, proche de Paris : ce n’est pas l’usine…

DR Transavia
Transavia compte 15% de voyageurs d’affaires en moyenne sur ses vols

Quelle est la part de la clientèle affaires sur vos vols, et jusqu’où espérez-vous progresser sur ce segment ?

H. K. – Nous avons déjà atteint en 2016 l’objectif de 15% que nous nous étions fixé en termes de voyageurs d’affaires. Cela représente tout de même une augmentation de 50% par rapport à l’année précédente. Nous sommes sur la bonne trajectoire, et nous ne comptons pas en rester là. Nous n’avons pas encore fixé d’objectif pour 2017, nous attendons notamment les chiffres du mois de septembre, pour étudier la tendance à l’heure de la rentrée professionnelle.

Quels services pensez-vous lancer à destination des voyageurs d’affaires ?

H. K. – D’autres choses viendront en 2017. Nous ne sommes pas encore prêts à les annoncer mais nous continuons à travaillons sur la fluidité et l’efficacité au sol, et sur les services digitaux. Nous avons lancé notre nouveau site Internet responsive l’an dernier et nous allons investirons encore dans ce domaine. Aujourd’hui le mobile représente 20% des ventes et 50% des recherches chez Transavia. Il était essentiel de proposer une plateforme qui fonctionne sur tous les supports. Le taux de conversion s’est beaucoup amélioré.

N’est-il pas difficile pour une compagnie low-cost de cibler les voyageurs d’affaires sans perdre son identité ?

H. K. – Ce n’est pas antinomique, ni pour nous, ni pour nos clients. Pour un vol de deux heures en Europe, le client recherche avant tout le prix et l’efficacité. La compagnie low-cost est donc totalement pertinente, dans la mesure où elle décolle à l’heure, depuis un aéroport principal, avec des fréquences de vols assez denses.

Pourriez-vous à terme imiter Vueling et sa classe affaires dotée de prises de courant et de ports USB ?

H. K. – Nous n’avons pas pour ambition de recréer une classe affaires. Nous ne constatons pas ce genre d’attente chez nos clients. C’est peut-être différent ailleurs.

Résidences urbaines : l’air du temps

Mercedes Benz Living At Fraser
Ici à Londres, mais aussi à Singapour, Fraser Hospitality a dévoilé un nouveau concept de suite. Créée en partenariat avec les équipes design de Mercedes, son atmosphère évoque autant celle des palaces que celle des limousines haut de gamme de la marque à l’étoile.

N’en déplaise aux Cassandres qui verraient dans l’émergence d’Airbnb et consorts une concurrence par trop encombrante pour les résidences urbaines qui ont fleuri ça et là dans les grandes métropoles d’affaires : l’hôtellerie long-séjour est tout sauf “has been”. Mieux, elle colle à l’air du temps, s’imbriquant parfaitement dans la nouvelle architecture du monde professionnel, entre flexibilité et nomadisme. Multiplication des missions de quelques jours ou de plusieurs mois, expatriations de plus en plus rares et surtout plus tardives, les cadres internationaux étant souvent envoyés en éclaireurs avant leurs familles : tous ces éléments favorisent un mode d’hébergement qui associe aux fondamentaux de l’hôtellerie classique – un lit, une douche – des composantes résidentielles comme une kitchenette et une vraie pièce à vivre. Une hôtellerie où l’on peut vivre sa vie de voyageur d’affaires en toute liberté.

Le concept plaît, et pas seulement parce qu’un des acteurs phares de l’économie collaborative a mis un coup de projecteur sur l’avantage de résider dans un vrai appartement plutôt qu’à l’hôtel. Selon une étude conduite l’an dernier aux ÉtatsUnis par la Global Business Travel Association (GBTA), les résidences urbaines sont plébiscitées par la classe biberon des voyageurs d’affaires américains, les fameux millenials. En effet, l’an dernier, 72 % des 18-34 ans ont porté au moins une fois leur choix sur ce mode d’hôtellerie lors de leurs déplacements internationaux. Ils sont en cela bien plus nombreux que les professionnels de la génération X, les 35-54 ans (48%), et surtout que les enfants vieillissants du baby-boom (26%). “Le produit long-séjour est adapté à cette génération qui a pour habitude de faire les choses par elle-même, qui ne mange pas à heures fixes, qui aime choisir les services pour lesquels elle est prête à payer et ne recherche pas forcément toute la gamme de l’offre hôtelière”, remarque Karim Malak, directeur général d’Adagio ApartHotel.

Bien sûr, le fait que l’hôtellerie long-séjour, ou “extended stay”, soit née outre-Atlantique et qu’elle y soit déjà ultra développée avec 440 000 appartements, contre à peine plus de 100 000 en Europe et 70 000 en Asie, favorise la connaissance et l’utilisation de ce type d’hébergement par les voyageurs d’affaires américains. Mais, plus que tout, ce qui explique le succès du modèle, c’est la présence d’une petite cuisine évitant d’avoir à prendre tous ses repas au restaurant. 45% des “road warriors” citent la kitchenette comme principal atout des résidences, devant les services (40 %) et le côté “comme à la maison” des établissements (36 %).

Fort des conclusions de cette étude, Joseph Bates, vice-président en charge de la recherche au sein de la fondation GBTA, invite les acteurs du secteur à “accroître l’offre disponible d’établissements extended stay.” Cependant, les “pure players” de l’hôtellerie long-séjour n’ont pas attendu de recevoir cet aval pour concevoir de nouveaux développements dans les centres névralgiques de l’activité économique mondiale. Leader du secteur des résidences urbaines, Ascott compte aujourd’hui 45 000 appartements et 290 résidences dans le monde, et s’est fixé un objectif de 80 000 appartements d’ici 2020. À ces fins, le groupe singapourien a bâti l’été dernier un fonds d’investissement en partenariat avec QIA, le fonds souverain du Qatar, disposant d’une enveloppe rondelette de 500 millions pour accélérer sa croissance. En parallèle, Ascott, qui est une filiale de CapitalLand, une des plus importantes sociétés immobilières asiatiques, a amorcé son développement outre-Atlantique en rachetant deux hôtels à New York.

Les moyens de leurs ambitions

Autre acteur d’importance et lui aussi émanation d’un investisseur immobilier singapourien, Frasers Hospitality ne manque pas non plus de moyens pour poursuivre son expansion. Le groupe s’est même découvert une nouvelle vocation, celle d’hôtelier “classique”, en faisant l’acquisition, pour près de 500 millions d’euros, des marques Malmaison et Hôtel du Vin, soit une vingtaine de boutique hôtels au Royaume-Uni. Fraser n’en oublie pas pour autant son cœur de métier et s’est installé à Genève avec une nouvelle résidence ouverte en fin d’année dernière. “Etablir notre présence dans un des centres financiers les plus importants au monde est significatif de notre stratégie de croissance”, souligne Choe Peng Sum, P-d.g. de Frasers Hospitality. D’autres établissements sont en préparation, notamment à Hambourg avec un luxueux Fraser Suites dans un immeuble classé du début du XXe siècle, mais aussi à Istanbul, Ryad, Doha et Abuja, une première pour le groupe en Afrique.

ZoKu open
Lit en mezzanine, escalier rétractable, vraie pièce à vivre : après Amsterdam, Zoku compte exporter son concept ingénieux à Paris et à Londres bien sûr, mais aussi à Berlin, Barcelone ou Copenhague.

Solutions pour l’expatriation

L’essor économique du continent africain éveille les convoitises. Adagio City, la marque long-séjour cogérée par Pierre & Vacances et AccorHotels, devrait également faire ses premiers pas cette année en Angola. “Nous entrevoyons un fort potentiel sur ce continent où la résidence hôtelière répond à une double problématique, celle des expatriations professionnelles et celle de la sécurité”, remarque Karim Malak. Cependant, si le Kenya, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud côté anglophone ainsi que le Sénégal et la Côte d’Ivoire pour l’Afrique francophone suscitent l’intérêt de la marque, Adagio fait surtout de l’Alle magne, du Royaume-Uni et du Brésil les piliers de son développement à l’international. Après Munich, Birmingham et Édimbourg, de nouveaux établissements devraient bientôt apparaître à Francfort, Hambourg et surtout à Londres.

En parallèle, la marque française continue de densifier son réseau national, en région parisienne notamment, mais aussi dans les métropoles régionales comme Dijon et Nancy, en attendant Montpellier. À l’échelle hexagonale, Adagio doit faire face aux ambitions similaires du groupe ResidEtudes et ses marques milieu de gamme Residhome et économique Séjours & Affaires, et surtout d’Appart’City, devenu le premier groupe en France depuis son rapprochement avec Park & Suites. À la suite de cette fusion, le groupe a réuni ses 120 établissements en deux gammes : les deux-trois étoiles sous appellation Appart’City et les trois-quatre étoiles sous le label Appart’City Confort.

Par-delà les ambitions des uns et des autres, c’est surtout une nouvelle modernité qui est insufflée dans le secteur et qui augure d’un avenir prometteur. Ce mois de juin, un nouveau concept assez décoiffant vient d’apparaître à Amsterdam avec l’ouverture du premier Zoku. Cette marque entend sonner ni plus ni moins que le glas de “la chambre d’hôtel telle que nous la connaissons”, selon son fondateur Hans Meyer, un homme qui s’y connaît en matière d’innovation puisqu’il fut également à l’origine de l’enseigne hôtelière CitizenM, régulièrement montrée en exemple pour son esprit design et lifestyle.

L’ingéniosité de ce concept spécialement conçu pour les voyageurs d’affaires réside dans un art subtil d’optimiser l’espace. Avec un parti pris : le lit n’est plus l’élément central des 133 chambres, mais prend place en mezzanine. L’accès se fait par un escalier rétractable qui, une fois rentré dans son habitacle, offre aux voyageurs une surface de 24 m2 avec, au centre, une table où quatre personnes peuvent prendre place. Le tout est agrémenté d’une multitude de rangements cachés derrière des panneaux japonais, mais aussi d’un vrai bureau. Cependant, pour qui voudrait rester studieux sans être isolé, la résidence propose au 6e étage tous les éléments du nomadisme professionnel contemporain avec un restaurant, de petites salles de réunions et des espaces de travail communautaires dotés d’une table de ping-pong et d’un sac de frappes pour se défouler après une longue journée de travail.

Avec ses larges lieux publics encourageant les affinités entre clients, la nouvelle marque de Fraser Hospitality Capri cible également la nouvelle génération de voyageurs d’affaires. Apparue en Asie en 2012, à l’aéroport Changi de Singapour, puis à Kuala Lumpur, Ho Chi Minh et Brisbane – avant une dizaine d’autres ouvertures en Asie-Pacifique- , cette enseigne contemporaine a également pris la direction de l’Europe. Après Barcelone et Francfort l’an dernier, une nouvelle résidence est annoncée à Berlin en 2017. Pour satisfaire la tendance geek des millenials, les Capri ont fait du high-tech leur marque de fabrique, dans les chambres jusque dans les espaces laveries avec l’offre signature “Spin & Play”. Ainsi, pour passer le temps pendant que la machine tourne, les résidents peuvent s’adonner à leurs jeux vidéo préférés avec la mise à disposition de consoles Wii et Xbox Kinect et d’iPads.

Suite Tour Eiffel living room
Anciennement appelées Citadines Suites, les plus belles résidences parisiennes du groupe Ascott ont été rebaptisées La Clé et font désormais partie de son nouveau label de luxe, la Crest Collection.

Collections dernier chic

Zoku et Capri ne sont pas les seules à réinventer l’hébergement nomade urbain. Fin 2015, Bridgestreet, qui propose toute une gamme de solutions de résidences corporate, a annoncé le lancement de sa sixième marque. Son nom, Mode, évoque directement cette nouvelle vague d’apparthôtels haut de gamme en train d’éclore pour satisfaire les exigences des cadres dirigeants, des avocats d’affaires et des consultants en stratégie. Une petite trentaine de Mode sont espérés dans les cinq ans à venir avec, pour tous, les mêmes fils rouges : du luxe, du lifestyle et du design. Destinées à s’intégrer au cœur des grandes métropoles dans des immeubles à taille humaine, l’enseigne commencera par faire son apparition à Washington avec un établissement de 46 clés, agrémenté d’un lounge en rooftop et d’un restaurant trendy, et devrait arriver d’ici la fin de l’année à Paris, à deux pas de l’Arc de Triomphe.

Cet esprit chic et contemporain anime également la Crest Collection, un nouveau label dévoilé en avril dernier par le groupe Ascott. “Celui-ci distingue des résidences uniques, à la fois luxueuses et à l’esprit boutique. Nous serons très sélectifs quant aux établissements amenés à rejoindre cette collection”, souligne Alfred Ong, directeur général Europe d’Ascott. À la manière des groupes hôteliers qui ont lancé chacun à leur tour des marques “lights” destinées à séduire les exploitants indépendants, la Crest Collection s’ouvre à des propriétaires de résidences individuelles. Le Métropole, inauguré en juin à Bangkok, ne fait ainsi pas partie d’Ascott, mais fait partie de ce club fermé en compagnie de deux résidences du groupe à Paris, La Clé Louvre et La Clé Tour Eiffel. Anciennement connues sous le nom de Citadines Suites, elles ont été ainsi rebaptisées pour symboliser un sens de l’hospitalité très haut de gamme et seront rejointes d’ici 2018 par une troisième résidence de luxe parisienne, La Clé Champs Élysée, qui s’apprête à s’installer dans l’ancien hôtel particulier de la famille Hennessy situé rue de Bassano, “dans un immeuble typiquement haussmannien où nous réinterpréterons l’élégance à la Française pour une clientèle sensible au raffinement”, décrit Nancy Faure, vice-présidente ventes et marketing Europe d’Ascott.

Encourager les rencontres

Face à cette cascade de nouveaux produits, les acteurs font évoluer leurs modèles plus anciens. Ainsi, l’an dernier, Adagio a revu et corrigé ses résidences économiques Adagio Access, qui comportent désormais des lieux publics plus ouverts et, dans les appartements, des salles de bains agrandies, une cuisine mieux équipée et, surtout, le lit-armoire qui, une fois relevé, accueille un confortable canapé et permet aux résidents de disposer d’un vrai lieu de vie. L’enseigne prépare maintenant un nouveau concept pour sa marque fanion milieu de gamme Adagio, attendu pour fin 2016-début 2017. “Nous travaillons à la fois sur les appartements et sur les parties communes. En dehors du temps du petit-déjeuner, les résidents doivent pouvoir les utiliser de manière optimale, y travailler dans une ambiance détendue, précise Karim Malak. Mais nous nous intéressons aussi à l’accueil. Nous insistons auprès de nos équipes sur la notion de ‘host’, d’hôte capable de conseiller les clients sur l’offre de restaurants à proximité, sur l’agenda culturel de la ville. Éloignés de leurs familles sur de longues périodes, nos résidents ont besoin d’un vrai contact. Dans ce cadre, nous invitons aussi à des relations plus étroites, en revoyant par exemple le code du vouvoiement ou en organisant des événements au sein des établissements pour encourager les échanges.” En parallèle, Adagio compte ajouter à ces rendez-vous physiques un concierge virtuel grâce à une application pour smartphone en cours de préparation. À côté d’informations pratiques sur la ville, elle permettra d’organiser des rencontres. Par ce biais, les clients pourront inviter d’autres résidents à partager une partie de tennis ou à prendre un verre.

Atmosphère, atmosphère… À travers son ambiance conviviale, l’hôtellerie long-séjour entend se démarquer de la location d’appartements privés. Car, si les voyageurs profitent chez Airbnb & Co d’un hébergement “comme à la maison”, ils restent souvent livrés à eux-mêmes. Selon l’étude de la GBTA, l’appart-hôtel n’a d’ailleurs pas à rougir de la concurrence. 94 % des voyageurs d’affaires américains se disent satisfaits de leur séjour dans une résidence, contre 87 % en ce qui concerne les meublés corporate et 74 % dans le cadre de la location d’un appartement privé.

APPARTEMENT SALON CHAMBRE
Avec ses appartements aux tonalités contemporaines et, surtout, ses kitchenettes tout équipées, Adagio City offre un cadre adapté aux missions professionnelles d’une semaine à plusieurs mois.

Esprit collaboratif

Cependant, qu’en sera-t-il demain, alors que les frontières deviennent de plus en plus floues, qu’un grand groupe hôtelier comme AccorHotels s’immisce aujourd’hui sur la voie de l’économie collaborative en rachetant onefinestay ou en prenant une participation au sein d’Oasis Collection, une plate-forme proposant 1500 appartements à vocation business dans les grandes villes d’Amérique du Sud et d’Europe ?

Gouverner, c’est prévoir. À ce titre, les acteurs de l’hôtellerie long-séjour commencent à jeter des passerelles entre les deux mondes. Depuis la fin de l’année dernière, l’offre de BridgeStreet est intégrée au programme Airbnb for Business. De son côté, Ascott s’est allié à Alitrip, la plate-forme voyages du géant chinois de l’e-commerce Alibaba, pour proposer la réservation en ligne de ces résidences dans le monde auprès des millions de voyageurs chinois. Plus encore, le groupe singapourien a investi une trentaine de millions d’euros dans Tujia.com, considéré comme l’Airbnb chinois. Si Tujia distribue 450 000 appartements, il se distingue de son homologue américain en étant lui-même gestionnaire d’immeubles pour le compte des propriétaires. “Mais ce ne sont pas des spécialistes de l’hébergement. C’est pourquoi ils nous ont approchés pour former ce partenariat”, explique Lee Chee Koon, P-d.g. d’Ascott. Fruits de cet accord, six résidences co-brandées Tujia Somerset, la marque destinée aux très longs séjours et à l’accueil de familles au sein du groupe Ascott, ont déjà vu le jour. Avant d’autres fort probablement. Car ce n’est là sans doute qu’un des premiers exemples des synergies qui pourraient se créer entre tous ces acteurs qui ont un même objectif : celui d’offrir un “home sweet home” aux cadres nomades.

RÉNOVATIONS

TOUCHES TRÈS CONTEMPORAINES

Pour rester dans le coup face au flot de nouveaux projets, les résidences plus anciennes se sont acheté une nouvelle jeunesse. Dans le cadre du plan de rénovation de la marque Citadines débuté en 2010 et qui court jusqu’en 2016, Ascott aura consacré 125 millions d’euros pour rénover l’ensemble de son réseau au rythme de cinq résidences en moyenne par an en France. “Grâce à ce plan, nous proposons une offre homogène, mais nous avons aussi un style propre à chacune de nos résidences, empreint de touches locales”, explique Nancy Faure. Par exemple, le Citadines Opéra Paris offre désormais des suites “couture”, tandis qu’à Marseille, le groupe a travaillé avec des artistes locaux pour donner un regard très moderne sur la mer et le port.

De son côté, Frasers Hospitality a aussi remis au goût du jour de ses résidences européennes. Ainsi, à Paris, après le Fraser Suites Champs Élysée, c’est le Fraser Suites La Défense qui vient de rouvrir ses portes totalement transformé. Également rénovée, la résidence Fraser Suites Kensington, le fleuron londonien du groupe, a dévoilé un tout nouveau modèle d’appartements : des suites Mercedes-Benz Living @ Fraser. Créé avec les équipes design du constructeur allemand, l’univers de ces appartements de luxe où l’argent, le noir et le gris foncé dominent est très masculin. “C’est une façon très réussie d’intégrer le design Mercedes dans un immeuble victorien du XIXe siècle”, conclut Guus Bakker, CEO de Frasers Hospitality pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.

A lire aussi dans ce dossier : rencontre : Hans Meyer, cofondateur de la marque Zoku