Nos forêts, gérées durablement depuis 1291 ?

Certains forestiers français estiment que depuis sept siècles les forêts seraient gérées selon les principes de la gestion durable. Bien avant la formulation internationale de ce concept à la fin du XXe siècle (Brundtland, 1987). Rappelons que, tel que défini dans l’article L1 du code forestier aujourd’hui en vigueur, « la gestion durable des forêts garantit leur diversité biologique, leur productivité, leur capacité de régénération, leur vitalité et leur capacité à satisfaire, actuellement et pour l’avenir, les fonctions économique, écologique et sociale pertinentes, aux niveaux local, national et international, sans causer de préjudices à d’autres écosystèmes ». La réalité de l’histoire des forêts françaises montre que jusqu’au XIXe siècle, les forêts sont surexploitées par une société qui dépend fortement de leurs ressources pour survivre. Les forêts sont en effet défrichées pour augmenter la production agricole au cours de plusieurs vagues successives et surexploitées pour de multiples produits, notamment à des fins énergétiques. Le bois est la seule source d’énergie existante à l’époque pour le développement de l’artisanat, puis de l’industrie naissante. Le manque de bois – surtout de bois de marine – inquiète également les dirigeants militaires. La politique forestière du Royaume répond progressivement à ce contexte de surexploitation généralisée des ressources des forêts, en premier lieu en organisant une administration responsable des eaux et forêts, mise en première ligne d’un combat social difficile. Mais, c’est le maintien d’une production durable de bois, en plus de la chasse, qui motive principalement la rédaction des ordonnances anciennes et du nouveau code forestier de 1827. Il est bien plus question de produire durablement des ressources que de gestion ou développement durable au sens actuel du terme. Le succès des politiques d’avant le XIXe siècle est tout relatif, tant les besoins humains sont grands, faisant naître des oppositions vives dans la société. Lors de l’adoption du nouveau code forestier (1827), la forêt ne représente plus que 16 % du territoire (Cinotti, 1996) et les ressources sont profondément dégradées (bois, sols). La situation est suffisamment critique pour que la question des forêts devienne un enjeu politique. Les forestiers vont alors être dotés par l’Etat d’un pouvoir renforcé de contrôle et dotés de moyens d’actions significatifs. Le nouveau code forestier sera strictement appliqué. En terme de corpus technique, on l’a vu, les principes mis en avant vise à contrôler les défrichements, maintenir une ressource et assister la régénération (âge des coupes, rétention d’arbres lors des coupes, quart en réserve). Il s’agit d’un progrès important, mais cela ressemble plus à une foresterie de crise qu’à une table gestion durable (exemple des âges minimum des coupes de taillis). Certaines recommandations, comme celle de Colbert exigeant qu’une autorisation soit demandée pour des coupes à une certaine distance des côtes et des rivières, ont un effet environnemental réel, mais par ricochet, car le but initial était de fournir du bois accessible pour la marine. Bien des thématiques nouvelles, apparues avec la gestion durable à la fin du XXe siècle, sont sans surprises absentes des politiques forestières anciennes. A chaque société et époque ses problèmes ; à chacune ses idées et solutions.